L’expertise au bon endroit et au bon moment, dans l’intérêt du public
Les prochains mois risquent d’être mouvementés pour le secteur forestier québécois. Les élections approchent, les tarifs américains continuent de mettre de la pression sur notre industrie et plusieurs décisions importantes devront être prises pour l’avenir de nos forêts et de nos régions. Dans ce contexte, l’expertise des ingénieures et ingénieurs forestiers devra plus que jamais trouver sa place dans les décisions.
Notre dernier sondage auprès des membres nous donne d’ailleurs matière à réflexion. Bien sûr, avec 29 répondants, il faut demeurer prudent dans l’interprétation des résultats. Mais certains constats sont intéressants. On nous parle beaucoup de gouvernance et de planification, de concertation, de forêt privée, de sylviculture et de marchés. En revanche, seulement 10 % des répondants ont spontanément fait référence à l’expertise professionnelle, au rôle de l’aménagiste ou à la neutralité de la planification.
Ça m’interpelle.
Comme le souligne notre président dans son mot, exercer pleinement son jugement professionnel demande parfois du courage. Il faut être capable de faire valoir son expertise, même lorsque la réponse n’est pas nécessairement celle qu’on souhaite entendre. Mais les ingénieures et ingénieurs forestiers ne doivent pas porter seuls cette responsabilité. L’Ordre doit aussi faire sa part pour les accompagner, les outiller et mieux faire connaître leur contribution.
Et derrière tout cela, il ne faut jamais perdre de vue pourquoi nous le faisons : la protection du public.
C’est la raison d’être de notre système professionnel. Soutenir une pratique compétente, indépendante et responsable, c’est aussi contribuer à de meilleures décisions. Des décisions prises avec une bonne compréhension des enjeux, des conséquences possibles et, lorsque la situation l’exige, avec l’éclairage d’un professionnel qui possède les connaissances et les compétences nécessaires.
Et cela ne concerne évidemment pas que le monde municipal. Élus, gestionnaires publics, entreprises, propriétaires forestiers, organismes, citoyens : partout où des décisions importantes touchent la forêt, les écosystèmes et le territoire, nous devons faire en sorte que l’expertise de l’ingénieur forestier puisse être mise à contribution au bon moment.
C’est justement dans cet esprit que plusieurs projets avancent actuellement à l’Ordre.
Nous travaillons notamment sur un plan d’action avec le milieu municipal. Le constat de départ est assez simple : malgré la pertinence de leur expertise, les ingénieurs forestiers sont encore trop peu présents dans les réflexes décisionnels municipaux. Nous voulons donc mieux faire connaître la profession, mais surtout aider les élus et les dirigeants municipaux à reconnaître les moments où l’avis de l’ingénieur forestier est nécessaire ou peut faire une réelle différence. Bref, faire en sorte que son expertise devienne davantage un réflexe lorsqu’elle permet d’éclairer et de sécuriser une décision.
Nous avons aussi entrepris une mise à jour importante du Guide de pratique professionnelle, que nous souhaitons publier d’ici au 31 mars 2027. Là encore, l’idée est très concrète : en faire un outil plus simple, plus actuel et plus facile à consulter, qui soutient véritablement le jugement professionnel dans les réalités d’aujourd’hui. Le comité a d’ailleurs retenu un principe auquel je tiens beaucoup : protéger le public, c’est encadrer la pratique, bien sûr, mais c’est aussi accompagner les professionnels, prévenir les problèmes et favoriser l’amélioration continue.
Et ce ne sont pas les seuls projets sur lesquels nous travaillons. Vous en entendrez parler au cours des prochains mois.
Dans une période où notre profession sera appelée à contribuer à des décisions difficiles, notre message est donc simple : prenez votre place. Faites valoir votre expertise. Et sachez que l’Ordre travaille, lui aussi, pour vous aider à l’occuper pleinement.
François-Hugues Bernier, ing.f.
Directeur général et secrétaire