Redonner à la foresterie ses lettres de noblesse, ensemble
Chères consœurs, chers confrères
Les récents résultats du sondage du dernier Bulletin Fil en aiguille nous offrent un miroir honnête de notre réalité. Ils traduisent à la fois nos préoccupations et l’attachement profond que nous portons à notre profession. Un constat s’impose : la foresterie est essentielle, mais elle demeure encore trop mal comprise par le public.
Parce qu’au fond, la foresterie ne devrait pas être démonisée. Elle est scientifique. Elle est responsable. Elle est essentielle pour notre société moderne. Pourtant, elle demeure trop souvent mal perçue parce qu’elle est encore mal connue, mal expliquée, et trop peu incarnée.
Et aujourd’hui, l’enjeu central est clair : l’acceptabilité sociale.
C’est par elle que se construira l’avenir de la foresterie. Non pas en la subissant, mais en la bâtissant activement. L’acceptabilité sociale ne doit pas être vue comme un défi, c’est plutôt une opportunité de faire évoluer notre profession, de rapprocher la science des citoyens et de faire de la foresterie une solution pleinement reconnue, avec le génie forestier en son cœur.
Bâtir une foresterie moderne, c’est s’appuyer sur les connaissances scientifiques et les technologies pour mieux informer, vulgariser et éclairer nos choix de société. C’est expliquer, avec transparence et rigueur, les décisions qui façonnent nos territoires. Nous devons être plus agiles dans nos communications, dans nos relations avec le milieu.
Aménagement, biodiversité, changements climatiques, économie régionale, usages multiples du territoire, la foresterie ne se résume pas à une seule réalité. Elle est un équilibre dynamique entre plusieurs composantes, souvent méconnues du public. Prenons le temps d’expliquer toute la complexité de la gestion forestière, mais surtout, prenons le temps d’adapter notre message. C’est notre responsabilité collective de les faire comprendre.
Dans ce contexte, le rôle de l’ingénieure et de l’ingénieur forestier n’a jamais été aussi crucial. Nous sommes les seuls professionnels à avoir les compétences pour porter une vision 360 de l’écosystème forestier. Nous comprenons les interactions, les compromis, les impacts à court, moyen et long terme. À une époque où les enjeux sont de plus en plus complexes et interreliés, cette vision globale est essentielle.
Parce que les solutions d’aujourd’hui sont résolument multidisciplinaires, l’ingénieur forestier doit être au cœur des solutions. Non pas seul, mais comme un point d’ancrage. Comme celui ou celle qui comprend le territoire dans son ensemble et qui est capable de faire les liens, d’éclairer les décisions et de contribuer à des choix éclairés et responsables.
C’est d’ailleurs pour cette raison que ce sera le cœur du thème de notre prochain congrès, afin de poursuivre collectivement cette réflexion essentielle et d’explorer les moyens concrets permettant d’y répondre.
Notre expertise ne doit pas rester dans l’ombre. Elle doit se voir pour paraitre. Se faire connaitre pour se faire comprendre. Se partager pour être valorisée. Dans nos milieux, dans l’espace public, dans nos communautés, chaque échange est une occasion de bâtir cette acceptabilité sociale dont dépend notre avenir. Chaque explication est un pas vers une foresterie mieux comprise, mieux reconnue.
Je vous invite à vous mobiliser, à être fiers de votre expertise et à agir comme ambassadeurs et ambassadrices d’une foresterie moderne, scientifique et engagée. Soulignons nos bons coups, nos innovations.
La foresterie mérite d’être comprise à sa juste valeur. Parce que la société a besoin de repères clairs. Et parce qu’ensemble, nous avons le pouvoir d’influencer positivement son avenir. Continuons à bâtir, à expliquer et à faire avancer la foresterie, avec conviction et fierté.
Comme le disait un regretté professeur de foresterie, M. Luc Bouthillier, « la fierté pour un forestier, c’est d’avoir confiance en l’avenir. »
Patrick Pineault, ing.f.
Président